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CABINET HUMANITAIRE/PROJETS

AUMÔNERIES DE PRISONS ET D'HÔPITAUX




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Aumônier musulman : une représentation essentielle dans un cadre pénitentiaire en marge

mardi 30 octobre 2001




Jean-Jacques, dit Yahia, est originaire du département d’outre-mer de la Guadeloupe. Né dans une famille chrétienne, Dieu a toujours été présent chez lui. Il espère même un temps se faire prêtre. Puis un jour, sa mère se remarie avec un Musulman originaire de la Guinée.

Intrigué par ses prières quotidiennes, il entame aussitôt une recherche personnelle sur cette religion qu’il ne connaît pas. Celle-ci l’amène à la lecture du Coran.

Après mûre reflexion, il se convertit. Durant sa seconde année de BTS il décide même d’apprendre l’arabe à l’Institut de Château-Chinon. C’est finalement en licence de théologie qu’il saisit l’opportunité de devenir aumônier.

Comment présenterais- tu ton activité ?

Je suis aumônier musulman bénévole depuis 1997. Agréé par le Ministère de la Justice, je ne touche aucune indemnisation bien que cela soit initialement prévu par la Loi. J’exerce une fonction d’aide spirituel à l’intention des détenus de confession musulmane retenus dans des maisons d’arrêt. La plupart d’entre eux n’ont, il est vrai, qu’une faible connaissance des principes moraux et religieux de l’Islam. J’essaye en quelque sorte de leur faire prendre conscience de l’existence de Dieu puis de leur donner un cadre éthique et moral à leur vie.

La qualité d’aumônier musulman est elle récente ?

En vérité, la fonction d’aumônier, en France, date du 17e siècle. L’instigateur de cette fonction fut St Vincent de Paul. Ce rôle existait déjà mais pas sous cette appellation. Mais les aumôniers musulmans, quant à eux, sont apparus bien plus tard, à partir des années 70-80, avec beaucoup de timidité d’ailleurs jusqu’aux années 90. Cet état de fait correspond grosso modo à l’arrivée massive d’une communauté laborieuse de confession musulmane en métropole et une recrudescence, en partie due à la crise économique, de la délinquance et des problèmes sociaux dans cette même communauté.

Pourrais-tu nous en dire plus sur les différentes modalités qui t’ont permis d’accéder à cette fonction ?

Le statut d’aumônier résulte d’une demande directe auprès du Ministère de la Justice ou d’une Maison d’arrêt. Cette demande peut émaner d’un individu ou bien d’une mosquée. Cette dernière répondant généralement à son tour à une forte demande des détenus eux-mêmes.

Dans certains cas exceptionnels, ce sont les aumôniers chrétiens qui ont constaté une carence pour la représentation de l’Islam. En ce qui me concerne, la mosquée d’Angers a proposé une liste de personnes et j’ai été finalement retenu pour exercer cette fonction. Mais vous savez, le Musulman même s’il est aumônier a du mal à s’intégrer ; l’image du Musulman est toujours mal perçue. Ca commence maintenant à évoluer.

Concrètement, comment cela se passe-t-il dans les prisons ? Quel rôle y jouez-vous réellement ?

Notre rôle est très efficace au niveau de la réinsertion sociale, car la religion fait prendre conscience aux détenus de l’importance du travail. Ils se redécouvrent être un acteur positif de la société. Donner redevient pour eux plus rapidement important que recevoir. Il est essentiel pour le Musulman de prendre conscience que sa foi peut lui permettre d’être encore meilleur envers les Musulmans comme envers les non-Musulmans. Pour la pratique, j’officie tous les vendredis dans une salle de la prison d’Angers. Les samedis sont consacrés aux entretiens individuels. J’écoute alors leurs problèmes et et les raisons de leur enfermement. Tous ont la volonté de s’en sortir ; ils viennent voir l’aumônier pour prendre conseil auprès de lui. Ils nous font vraiment confiance. Sur les 400 prisonniers que compte la prison, 70 sont musulmans. Pour une ville de 200 000 âmes, la communauté musulmane, elle, est évaluée à 7000 personnes.

Il y a beaucoup de problèmes familiaux, une abondance de familles mono-parentales, des problèmes d’ordre économique aussi, et aucun repère religieux. A cela, il faut ajouter une moyenne d’âge résolument jeune. Ils ont besoin d’un soutien, c’est évident. Il manque hélas beaucoup d’éducateurs musulmans pour encadrer tous ces jeunes lors de la sortie.

Article reproduit avec l’aimable autorisation du président du magazine «  Le Citoyen  » N° 7 Journal bimestriel avril-mai 2001 , édité par la Jeunesse Musulmane en Bourgogne.

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