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CABINET GÉNÉRAL

LE PATIENT MUSULMAN ET LES SOINS À L'HÔPITAL




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Le métier d'infirmière

jeudi 20 décembre 2001


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Le métier d'infirmière

1-Les études (conditions d'admission, déroulement des études)

2-Avantages de ce métier

3-Contraintes et nature du travail

4-Expériences à acquérir

5-Evolutions possibles

6-Problèmes qui se posent pour les musulmans et solutions possibles

7-Astuces pour les sœurs !

1 - Les études  :

Pour pouvoir entrer dans les écoles d'infirmières, il faut d'abord passer par un concours d'entrée organisé par l'institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI). Cet examen comporte deux épreuves d'admissibilité : *Une épreuve de tests psychotechniques d'une durée d'1h30 notée sur 20 points qui a pour objet d'évaluer les aptitudes intellectuelles, l'attention et la concentration.

*Une épreuve de culture générale d'une durée d'1h30 notée sur 20 points comportant 10 questions. Cette épreuve a pour objet d'évaluer les capacités d'analyse et de jugement du candidat par rapport aux grands problèmes sanitaires et sociaux contemporains.

*Une épreuve d'admission : Elle consiste en un entretien de 20 minutes avec un jury composé de trois personnes autour d'un thème relevant du domaine sanitaire et social. Cette épreuve est notée sur 20 points, elle permet d'évaluer les aptitudes du candidat à suivre la formation. Une note inférieure à 5/20 à l'une des épreuves d'admissibilité est éliminatoire. En outre, aucun candidat ne pourra être admis dans un institut s'il a obtenu une note inférieure à 10/20 à l'épreuve d'admission."

Conditions d’admission  :

Il faut avoir 17 ans au 31 décembre de l'année des épreuves de sélection et disposer d'un des titres suivants :
- Baccalauréat, ou examen spécial d'entrée en université
- Ou titre admis en équivalence du baccalauréat certifié conforme
- ou examen du niveau ;
- ou attestation des acquis professionnels délivrée par la DRASS du lieu de résidence - ou certificat de scolarité pour les candidats de classe terminale : admission définitive aux épreuves soumise à la réussite au baccalauréat.

Déroulement des études :

Les études durent 37 mois et demie (soit un peu plus de trois ans) au sein d'un institut de formation en soins infirmiers (IFSI), dont plus de 2000 heures de stages réparties dans les différentes spécialités (médecine, maternité, gériatrie, pédiatrie, chirurgie...).

2 - Avantages de ce métier  :

- C'est un des métiers qui ne souffre pas de chômage, bien au contraire, il est en pénurie de personnel infirmier (actuellement, il y a 4300 postes non pourvus ). Il n'est pas rare d'avoir des propositions d'emploi dans les lieux de stages, alors que le diplôme n'est pas encore obtenu.

- La diversité des journées (surtout lorsqu’on travaille en milieu hospitalier), des horaires, des patients ne rend pas le travail monotone : chaque jour se suit mais ne se ressemble pas.

- Ce métier nous donne la possibilité de soulager la peine des patients et de se sentir réellement utile ; quoi de plus gratifiant qu’une personne vous adressant un large sourire de contentement à la suite de soins prodigués ? Quoi de plus motivant que de réussir à apaiser l’angoisse des patients en leur prêtant une écoute active, ou en leur apportant des paroles de réconfort ?

- C'est aussi un bon moyen d 'augmenter nos connaissances sur les diverses maladies et traitements que l'on est amené à rencontrer, du fait de l'accessibilité des médecins, des chirurgiens, et des spécialistes. Soubhannallah, étudier l'anatomie est une preuve de la grandeur d'Allah car tout dans le corps est calculé, rien ne fait défaut ; j'étais sidérée par la merveille du corps humain et de ses richesses incalculables.

- Le contact permanent avec la souffrance, la maladie, la mort est un rappel de notre passage éphémère sur cette terre, un rappel de la faiblesse humaine, une leçon d'humilité car M. X a beau être milliardaire, il n'échappe pas au cancer ; tous les médicaments, les remèdes, les réanimations ne peuvent rien faire si Allah à décidé de reprendre Son serviteur : c'est à Lui que Nous appartenons et c'est à Lui que se fera notre retour.

Il est utile de connaître l’invocation (dou’a) suivante, et de la dire à la vue de personnes atteintes de maladies morales, physique ou psychiques :

"Alhamdoulillah ladi hafani mima btalaka bihi oua fadalani ala kathirine mimane halaqa tafdalane "

Louange à Allah qui m' a sauvegardé de ce qu'Il t'à éprouvé et qu'Il m'ai préféré sur beaucoup de ceux qu'Il a créé. Cette invocation est précieuse en milieu comme ceux- ci !

- On se rend compte du bien, de la sagesse derrière ce que nous à interdit Allah : si vous saviez les dégâts énormes causés par l'alcool, le tabac, les drogues, la nourriture par excès (charcuterie...), les tentatives de suicides ...cela donne véritablement à réfléchir. De plus, on retrouve les recommandations qu'exige notre religion et le bien extraordinaire qu'il en résulte : du comportement exemplaire que l'on doit avoir pour nos parents, envers les personnes âgées, et de la nécessité de rendre visite aux malades...

Notre religion ne nous veut que du bien et même si nous ne savons pas pourquoi telle chose est interdite, abstenons nous de nous en approcher ; c'est notre Seigneur qui nous met en garde contre le mal, et ce ne peut être que pour notre bien.

3 - Contraintes et Nature des conditions de travail  :

- Ce métier est fort exigeant quant à la disponibilité de la personne et amène inévitablement à des sacrifices dans sa vie personnelle (au niveau du temps consacré à sa famille, à ses amis, ses loisirs... La charge de travail est considérable du fait d’un manque d’effectifs, les horaires sont amenés à être modifiés pour remplacer une collègue absente et il n’est pas rare de se faire rappeler pour venir travailler alors qu’on est en repos, voire en congé !

- C'est un métier ingrat dans le sens où il y a très peu de reconnaissance des supérieurs hiérarchiques, et parfois de médecins ; malgré le considérable investissement personnel, les infirmières ne sont pas considérées à leurs justes valeurs, certains de leurs droits sont empiétés, aucune indulgence est faite si erreur il y a, etc... les nombreuses manifestations des blouses blanches le démontrent avec les multiples revendications qu'on ne prend pas en compte

- Les salaires sont bas par rapport à la charge de travail et à la responsabilité des infirmières face aux patients. Les nombreuses manifestations des blouses blanches revendiquaient haut et fort cet aspect, sans que de réels efforts aient été réalisés de ce côté.

- La pénurie d'infirmière provoque une surcharge de travail, une baisse de la disponibilité face aux patients et leur famille ainsi qu'une concentration amoindrie dans les actes techniques, ce qui peut amener à commettre des erreurs fatales.

- Pour ceux et celles qui n'aiment pas se lever avec le chant du coq (hum...) le réveil est assez cruel car les postes commencent relativement tôt.

- Il y a les 3 "huit " ; c'est à dire travailler le matin, l'après midi et/ou faire la nuit. Ainsi, cela demande une adaptation constante de son "mode de vie", en particulier pour celui ou celle ayant une famille à gérer.

- Le planning des horaires est établi en général, 10 à 15 jours avant le début du mois suivant donc, pour planifier un rendez vous, une sortie, ou autre, cela demeure assez difficile. Dans le pire des cas, suite au manque de personnel, certains hôpitaux planifient de semaine en semaine les journées de travail. Sans compter lorsqu'un membre de l'équipe est absent brutalement ( congé de maladie) et qu'il faut remplacer "au pied levé".

- Un étude démontre que la durée de l'exercice du métier d'infirmière est de 9 ans ; Ainsi, soit elle arrête d'exercer cette profession, soit elle se recycle dans un autre métier.

4 - Expériences à acquérir :

- Ce métier est à la source du contact humain ; on est amené à dialoguer avec des gens, à les toucher, à les écouter, à donner des réponses adéquates à leurs interrogations, à les rassurer, à les consoler, à les motiver. Ainsi, il est primordiale que la personne qui désire s'engager à exercer ce métier ait un goût pour les contacts humains. Une capacité d'écoute, de compréhension, une aptitude à répondre aux besoin de l'individu ( le patient et/ou sa famille ) sont les ingrédients nécessaires pour assurer correctement son rôle de soignant face au soigné.

- Il permet de maîtriser ses émotions (ne pas pleurer avec une personne en complet désarroi, qui se confie à vous en vous dévoilant des faits terribles... , ou ne pas s'emporter quand des patients vous accaparent avec des questions sans fin, critiquent, pensent que tout leur ai dû et confondent l‘hôpital avec l‘hôtel...)

Cela permet également de développer certains traits comme la patience, la capacité à prendre une décision dans des situations urgentes ( malaise, réanimation : c'est très impressionnant de voir des personnes mourir devant soi alors qu'on a discuté quelques minutes avant ; ou alors des personnes revenir à la vie après une réanimation... soubhannAllah !)

- Ce métier permet un épanouissement personnel ; on sent qu'on est utile (mais pas indispensable ), que les gens peuvent nous faire confiance et ceci nous permet d'être sûr de nous, sûr de nos capacités et de nos compétences. Les gens nous apprennent énormément, par leur façon de se comporter face à la maladie, par leurs histoires personnelles qu'ils nous confient, par la sagesse des personnes âgées, par le soutien que peut offrir une femme à son mari (ou vice versa) lors d'une grande maladie.

En fait, la principale richesse que l'on peut en retirer, c'est l'expérience de la VIE. Un imam disait que les conseils sont un raccourci dans la vie, et bien ce métier nous aide à aller directement à l’essentiel, nous permet de saisir d'importants mécanismes qui règlent la vie, d'observer les comportements humains et de se rendre compte des ressources incroyables qu'Allah nous à doté et dont nous devons rendre grâce chaque jour, à chaque instant.

5 - Évolutions possibles :

Il y a différents types d’exercice de la profession :

- Salarié : dans tous les milieux hospitaliers publics ou privés (services de médecine, chirurgie, gériatrie, pédiatrie...) ou en secteur extra-hospitalier (maisons de retraite, centres de soins de santé, de rééducation et de réadaptation, services de soins à domicile, santé scolaire, médecine du travail...).

- En libéral : en France ; après 3 ans d'exercice professionnel en milieu hospitalier, on peut se lancer dans les soins à domicile (à nous le travail avec le voile, mes sœurs !) En Belgique, on peut de suite exercer dans les soins à domicile en tant que salariée avec, par exemple, « La croix jaune et blanche ».

- Il y a possibilité d'évolution vers une spécialisation : infirmière de bloc opératoire, anesthésiste, psychiatrie, hygiéniste, pédiatrique... sous réserve d’expérience professionnelle (nombre d’années d’exercices à déterminer en fonction de la spécialité souhaitée) et d’obtention de l’examen d’entrée.

- Après 4 années d'expérience professionnelle, une évolution est possible vers la fonction de cadre (chef de service ) ou d’enseignant dans les écoles d'infirmières.

- Il y a également possibilité d'être infirmière humanitaire (une évaluation des capacités et une petite formation doit être effectuée).

La liste n’est sûrement pas exhaustive mais donne un aperçu des évolutions possibles ; il se peut également que certaines données aient changées, c’est pourquoi il est important de se renseigner auprès de l’IFSI de votre région.

6 - Problèmes qui se posent pour un musulman et solutions possibles :

- Pour un homme, il faut savoir que la profession est principalement féminine et être entouré de femmes toute la journée n’est pas une très bonne chose, d’autant plus que certaines n'ont pratiquement aucune gêne envers les infirmiers ; il est difficile de "sauvegarder" son nafs . Mais malgré cela, il est nécessaire qu’il y ait des infirmiers hommes pour soigner nos pères dans les hôpitaux.

- Le métier d’infirmier amène bien souvent à voir des corps dénudés et à soigner « de très près » les patients, mais il faut savoir faire la part des choses ; l'objectif est de soigner les gens, et elhamdoullah, quand on a cette intention, il ne nous vient pas à l'esprit d'autres jugements.

Voilà un aperçu de ce métier selon ma vision des choses et de mon expérience. Il se peut qu’une autre personne vous présente les choses d’une autre manière ; c’est pourquoi je préciserai que bien qu’en essayant d’être objective, il demeure des points de vues personnels.

Il me semble qu'il est très important de se pencher sur les métiers du social pour aider notre communauté car chacun peut, un jour se retrouver à l'hôpital et aimerait trouver des soignants musulmans compréhensifs, à l'écoute de ses préoccupations et de ses gênes. Que la différence de régime alimentaire, du désir d'être soigné par un homme plutôt que par une femme ne soit plus une source de problème diplomatique. Que le fait de faire sa prière sur le lit d'hôpital ne soit plus source de curiosité et d‘incompréhension, mais de respect de culte et respect de la personne. Enfin, qu’une personne âgée ou une personne ne maîtrisant pas le français puisse être rassurée par une infirmière parlant le même langage qu'elle et trouver auprès d’elle une source de réconfort...

7 - Astuces pour les sœurs !

- Vous habitez la France et vous n’arrivez pas à décrocher le concours après plusieurs tentatives infructueuses. Pourtant, c’est ce métier que vous voulez exercer ! Sachez qu’avec votre détermination et avec l’aide d’Allah, tout est possible. Il est bon à noter qu’en Belgique, les études d’infirmières ne requièrent pas d’examen d’entrée et peuvent donc vous être accessibles. Bon nombre de français ont découvert cette parade et obtiennent le diplôme d’infirmier, européen, après 3 ans d’études en Belgique. Il faut s’assurer tout de même des moyens financiers disponibles car des bourses d’études ne sont pas attribuées systématiquement.

- Travailler avec le hijab ? Il parait que des sœurs ont la possibilité de travailler avec le hijab dans un hôpital à Bruxelles hamdoullah ! C’est une piste à exploiter. Mais en France, la réticence est plus grande de ce point de vue ; c’est pourquoi, je vous conseillerais dans un premier temps, d’essayer de se rendre au travail couverte, sinon, pour celles qui ont la possibilité de travailler au bloc opératoire, la tenue exigée est : bonnet, masque, blouse (environnement stérile oblige).

Puis, après avoir valider les deux années d’expérience professionnelle exigée par la loi, la meilleure des choses est de s’installer en tant qu’infirmière indépendante pour pouvoir se couvrir comme notre religion nous le demande et pouvoir effectuer les prières à l’heure.

Profitez de la pénurie d’infirmières pour s’imposer en tant que telles mes soeurs !

Yamina H.

Article repris avec l’aimable autorisation du magazine mensuel Aslim-taslam N° 1 de novembre 2000 et légèrement modifié par son auteur.



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