Retour au format normal
La peur de la mort
7 novembre 2001
Récit d’une infirmière en service d’oncologie
Je vous raconte cette histoire car elle m’a troublé en tant qu’infirmière, en tant que femme, et en tant que musulmane. Monsieur B. savait que sa maladie ne lui permettra pas de voir grandir sa petite- fille. Il savait qu’il allait quitter sa femme qui l’aimait tant. Nous savions que bientôt, nous n’entendrons plus ses répliques drôles, ironiques et plaisantes à entendre dans ces couloirs de l’hôpital.
Plusieurs fois, Monsieur B. avait été hospitalisé dans des états très critiques mais sa volonté de combattre la maladie était telle qu’il pouvait de nouveau rentrer chez lui après plusieurs longues semaines d’hospitalisation. Il avait une peur terrible de la mort...une peur si forte qu’il ne voulait pas dormir de peur que la mort ne vienne le chercher dans son sommeil. Mais une fois que le sommeil s’emparait de lui, il était ponctué de cauchemards, et Monsieur B. ne cesait de se débattre durant ses courtes nuits et se réveillait en se rappelant ses rêves de terreur.
Puis vint les derniers jours de sa vie. Il était entré à l’hôpital cette fois, pour ne plus en ressortir... Il l’avait compris, et il avait alors changé ; son visage s’était figé, son sourire effacé à tout jamais, ses plaisanteries et sa gaieté avaient désormais quitté l’état d’esprit de Monsieur B.Tout ces beaux sentiments avaient cédé la place à une résignation morbide. Il ne lui restait plus qu’à accepter l’idée qu’il allait prochainement quitter cette vie.
Ce vendredi, tout le monde était triste....l’équipe soignante en avait gros sur le coeur ; même si les aides soignantes présentes ce jour s’autorisaient à pleurer cet homme qui nous avait apporté tant de gaieté et tant de leçons de morale alors qu’il souffrait, je faisais l‘effort de retenir mes émotions.
Ce vendredi, je quittai l’hôpital en ayant en tête beaucoup trop de regards résignés, tristes, chargés de douleurs.
C’est un hommage à cet homme chrétien que j’aimerai rendre. Nul n’échappera à la mort, tôt ou tard, selon le délai fixé...
« Seigneur ! Nous avons entendu l'appel de celui qui a appelé ainsi à la foi : ‹Croyez en votre Seigneur› et dès lors nous avons cru. Seigneur, pardonne-nous nos péchés, efface de nous nos méfaits, et place nous, à notre mort, avec les gens de bien. »
(Sourate ‘La famille d’Imran 3, verset 193)